Description

Journal intime, sur la peinture, la photographie, la littérature. Correspondance.

samedi 31 juillet 2010

La mort viendra..




Cesare Pavese ( 9 septembre 1908- 26 août 1950)

Le métier de vivre
10 avril 1936

Au fait! Maintenant que j'ai atteint la pleine abjection morale, à quoi est-ce que je pense? Je pense comme ce serait beau si cette abjection était aussi matérielle, si j'avais par exemple des souliers trouées.
C'est seulement ainsi que j'explique mon actuelle vie de suicidé. Et je sais que je suis pour toujours condamné à penser au suicide devant n'importe quel ennui ou douleur. C'est cela qui me terrifie: mon principe est le suicide, jamais consommé, que je ne consommerai jamais, mais qui caresse ma sensibilité.

1er décembre 1937

Mon bonheur serait parfait, n'était la fugitive angoisse d'en fouiller le secret pour le retrouver demain et toujours. Mais je confonds peut-être, mon bonheur réside dans cette angoisse. Et, une fois encore, l'espoir me revient que, demain, le souvenir suffira peut-être.

4 janvier 1950

Vu et flairé tout ce que Rome a de pire. Amitiés faciles, vies d'occasion, argent gagné et dépensé comme s'il n'existait pas, et pourtant tous les critères, tous les goûts, toutes les envies., sont en fonction de faire du fric.
L'âge de trente ans aussi commence à apparaître comme une enfance (adolescence). C'est-à-dire que tu peux faire aussi de ta culture une matière à récit. La virilité peut se deviner ("fabuler") quand elle apparait comme une enfance.
Avoir digéré une expérience , connaître le détachement, cela veut dire la voir comme une ingénuité enfantine. La grande poésie est ironique.

Poème retrouvé sur la table de chevet de Pavese, après son suicide.

La mort viendra et elle aura tes yeux-
cette mort qui est notre compagne
du matin jusqu'au soir sans sommeil,
sourde, comme un vieux remords
ou un vice absurde. Tes yeux
seront une vaine parole,
un cri réprimé, un silence.
Ainsi les vois-tu le matin
quand sur toi seule tu te penches
au miroir. O chère espérance,
ce jour-là nous saurons nous aussi
que tu es la vie que tu es le néant.

La mort a pour tous un regard.
La mort viendra et elle aura tes yeux.
Ce sera comme cesser un vice,
comme voir resurgir
au miroir un visage défunt,
comme écouter des lèvres closes.
Nous descendrons dans le gouffre muets.






vendredi 30 juillet 2010

Je te salue, Pasolini.





Pier Paolo Pasolini

L'année de la mort de Pasolini en 1975 parait, un volume de poésies qui s'achève sur un poème intitulé, Je te salue et je t'envoie mes vœux.
Pasolini nous dit:"Ceci est presque certainement / ma dernière poésie en frioulan; / et je veux parler à un fasciste / avant que lui ou moi ne soyons trop loin.

( C'est un jeune fasciste, il doit avoir vingt-et-un, vingt-deux ans: il est né au pays et il est allé à l'école en ville).

(Viens, viens, Fedro. Écoute. Je veux te tenir des propos qui ressemblent à un testament. Mais souviens-toi, je ne me fais pas d'illusions à ton sujet: je sais, je sais bien que ton cœur n'est pas, et ne peut pas être libre, et que tu ne peux être sincère: mais, même si tu est mort, je veux te parler)
[...] prends ce poids sur tes épaules, toi, garçon qui me hais : charge-t-en. Il luit dans le cœur. Et mon pas sera léger, j'irai de l'avant, choisissant pour toujours la vie, la jeunesse)."

Extrait du procès verbal de police sur la mort tragique de Pasolini:

[...] Pelosi [ le meurtrié de son propre aveu] ajoute que l'homme l'avait entraîné dans un terrain de sport [...] , qu'il qu'il lui avait dit d'arrêter et que lui [ Pasolini] avait au contraire ramassé un petit pieu du genre de ceux qui clôturent les jardins et voulait lui enfiler dans le derrière... que lui, Pelosi, s'était retourné qu'il avait senti sur lui Pasolini qui l'avait frappé à la tête, avec un bâton, qu'il avait [Pelosi] aperçu par terre une planche, l'avait ramassée et lui avait brisée sur la tête..."

Éditions Ramsay, Pasolini et la mort ,1990




mercredi 28 juillet 2010

Lettre à, Mario Sà-Carneiro




Le livre de l'intranquilité
de
Fernando Pessoa

Le 14 mars 1916
Je vous écris aujourd'hui, poussé par un besoin sentimental- un désir aigu et douloureux de vous parler. Comme on peut le déduire facilement, je n'ai rien à vous dire. Seulement ceci- que je me trouve aujourd'hui au fond d'une dépression sans fond. L'absurdité de l'expression parlera pour moi.
Je suis dans un de ces jours où je n'ai pas d'avenir. Il n'y a qu'un présent immobile encerclé d'un mur d'angoisse. La rive d'en face du fleuve n'est jamais, puisqu'elle se trouve en face, la rive de ce côté-ci; c'est là toute la raison de mes souffrances. Il est des bateaux qui aborderont à bien des ports, mais aucun n'abordera à celui où la vie cesse de faire souffrir, et il n'est pas de quai ou l'on puisse oublier. Tout cela s'est passé voici bien longtemps mais ma tristesse est plus ancienne encore.
En ces jours de l'âme comme celui que je vis aujourd'hui, je sens, avec toute la conscience de mon corps, combien je suis l'enfant douloureux malmené par la vie. On m'a mis dans un coin, d'où j'entends les autres jouer. Je sens dans mes mains le jouet cassé qu'on m'a donné, avec une ironie dérisoire. Aujourd'hui 14 mars, à neuf heures dix du soir, voilà toute la saveur, voilà toute la valeur de ma vie. Dans le jardin que j'aperçois, par les fenêtres silencieuses de mon incarcération, on a lancé toutes les balançoires par-dessus les branches, d'où elles pendent maintenant; elles sont enroulées tout là-haut; ainsi l'idée d'une fuite imaginaire ne peut même pas s"aider des balançoires pour me faire passer le temps.
Tel est plus ou moins, mais sans style, mon état d'âme en ce moment. Je suis comme la Veilleuse du Marin, Les yeux me brûlent d'avoir pensé de pleurer. La vie me fait mal à petit bruit, à petites gorgées, par les interstices. Tout cela est imprimé en caractères tout petits, dans un livre ou la brochure se défait déjà.
Si ce n'était à vous mon ami, que j'écris en ce moment il me faudrait jurer que cette lettre est sincère, et que toutes ces choses, reliées hystériquement entres elles, sont sorties spontanément de ce que je me sens vivre (être). Mais vous sentirez bien que cette tragédie irreprésentable est d'une réalité à couper au couteau- toute pleine d'ici et de maintenant, et qu'elle arrive dans mon âme comme comme le vert dans les feuilles.
Voilà pourquoi le prince ne régna point. Cette phrase est totalement absurde. Mais je sens en ce moment que les phrases absurdes donnent une intense envie de pleurer.
Il se peut fort bien, si je ne mets pas demain cette lettre au courrier, que je la relise et que je m'attarde à la recopier à la machine pour inclure certain de ses traits et de ses expressions dans mon livre de l'intranquilité. Mais cela n'enlèvera rien à la sincérité avec laquelle je la ressens.
Voilà donc les dernières nouvelles. Il y a aussi l'état de guerre avec l'Allemagne, mais déjà bien avant cela, la douleur faisait souffrir. De l'autre côté de la vie, ce doit être la légende d'une caricature bon marché.
Cela n'est pas vraiment la folie, mais la folie doit procurer un abandon à cela même dont on souffre, un plaisir, astucieusement savouré, des cahots de l'âme- peu différends de ceux que j'éprouve maintenant.
Sentir- de quelle couleur cela peut-il être?
Je vous serre contre moi mille et mille fois, vôtre, toujours vôtre.
Fernando Pessoa

Ps: J'ai écrit cette lettre d'un seul jet. En la relisant, je vois que, décidément, je la recopierai demain, avant de vous l'envoyer. J'ai bien rarement décrit aussi complètement mon psychisme, avec toutes ses facettes affectives et intellectuelles, avec toute son hystéro -neurasthénie fondamentale, avec toutes ses intersections et carrefours dans la conscience de soi même qui sont sa caractéristique si marquante...
Vous trouverez que j'ai raison n'est-ce pas?

Christian Bourgois éditeur, 1988.




mardi 27 juillet 2010

Oh





Fernando pessoa
Alvaro de de Campos, Les grandes odes. Extrait

Oh, à quoi sert
L'art qui veut être la vie, sans la vie qu'il veut être?
A quoi sert l'art si ce n'est pas l'art que nous désirons?
A quoi nous sert la vie si nous la désirons sans
être en quête d'elle,
Si la vie n'est jamais pour nous?

Oh, pour te saluer
Il me faudrait le cœur
De la terre entière...
Ô corps-esprit des choses, [ ]




lundi 26 juillet 2010

Ah oui, vivre...


Fernando Pessoa Pour un "Cancioneiro" Extrait
*
Pourquoi suis-je en vie, qui suis-je, quoi suis-je,qui m'emporte?
Que serais-je pour la mort? Pour la vie quoi-suis-je?
La mort dans le monde c'est la ténèbre sur la terre.
Je ne peux rien, je pleure, gémis, ferme les yeux, m'en vais.
Le mystère m'assiège, et l'illusion, et le déni
De pouvoir croire en la réalité de tout.
Ô ma terreur à être, rien ne saurait te vaincre!
Et la vie et la mort sont bien le même Mal!
*





dimanche 25 juillet 2010

Le Tour de France, c'est fini.


Il attend son Tour.

Beau roi de France, un peu coquin.


Henri III,1551-1589, portrait peint par François Clouet en 1570.

Sur Henri III, Ronsard écrivit ce quatrain:
"Le roi comme l'on dit accole, baise et lèche ses poupins mignons, le teint frais, nuit et jour, eux pour avoir argent, lui prêtent tour à tour leurs fessiers rebondis et endurent la brèche."

samedi 24 juillet 2010

jeudi 22 juillet 2010

Oh là là, le beau cadeau!


Un bel Œdipe!

Œdipe , Franco Citti, traverse son palais et sort de Thèbes.

mercredi 21 juillet 2010

Lettre d'amour


Louxor, le 25 mars 19..
Vincent,

Au Caire, j'ai spécialement pensé à toi à deux reprises: au musée, devant le diadème de Toutânkhamon; dans un marché, en contemplant une petite toque rouge de Turc, avec son plumet noir de laine tressée: tu es venu aussitôt te placer sous ce diadème et sous cette toque pour qu'ils te coiffent. Ils t'allaient bien, j'ai eu envie de voler le diadème et d'acheter la toque pour te les rapporter. Le diadème est sous vitrine, la toque d'un volume trop encombrant pour mon bagage déjà bondé, et l'on doit en trouver de semblables à Paris, de feutre, chez un chapelier exotique, ou ne serait-ce que de papier crépon. J'ai également pensé à toi dans de vagues moments de bonheur, qui tenaient à la densité de l'espace que j'étais en train de parcourir, à la douceur et à la chaleur de l'air, dans l'oasis où les dégradés de vert, à la fois intenses et tendres, viraient à l'or, presque roussis. Mais cela est plutôt indéfinissable. Par contre, le diadème est descriptible: construit par un orfèvre géomètre pour parer la tête d'un enfant, il n'est fait que d'une lamelle d'or légère, ornée d'inoffensifs crotales, il pourrait sortir des mains d'un astronome tant ce demi -cercle semble coulé dans la voûte d'un globe miniature , il pourrait-être l'étau de trépanation, l'équerre ronde d'un anatomiste. Il s'achève, sur la nuque, d'une double queue en or qui m'a rappelé la petite mèche de cheveux plus clair qui transparaît de ta chevelure lorsque tu offres ton dos, l'or de cette langue bifide qui le protègerait se mêlerait à elle. Tu vois, il me semble que j'ai oublié la chose principale qui faisait la beauté de cet objet. Seul m'importe, désormais, qu'il soit fait tien par mon imagination, et qu'ainsi, une fois de plus, je baise tes lèvres sans les enfreindre.

Hervé Guibert

LETTRES D'ÉGYPTE
Actes Sud

H. Guibert: Romancier, photographe et journaliste, né en 1955, il meurt du Sida en 1991.
Haut de page: Guibert d'après une photo, dessin à l'encre juillet 2010.



Carte postale


Mes vacances au bord de l'eau, c'est beau, fait chaud!

mardi 20 juillet 2010

Dessins oubliés







Je retrouve dans mes cartons quelques dessins oubliés, je voulais illustrer Apollinaire, c'était dans les années 80.

Apollinaire

La chanson du mal-aimé


A Paul Léautaud

Et je chantais cette romance
En 1903 sans savoir
Que mon amour à la semblance
Du beau Phénix s'il meurt un soir
Le matin voit sa renaissance.

Un soir de demi-brume à Londres
Un voyou qui ressemblait à
Mon amour vint à ma rencontre
Et le regard qu'il me jeta
Me fit baisser les yeux de honte

Je suivis ce mauvais garçon
Qui sifflotait main dans les poches
Nous semblions entre les maisons
Onde ouverte de la Mer Rouge
Lui les Hébreux moi Pharaon

Que tombent ces vagues de briques
Si tu ne fus pas bien aimée
Je suis le souverain d'Égypte
Sa sœur-épouse son armée
Si tu n'es pas l'amour unique


[...]




Je m'étonne?

lundi 19 juillet 2010

Jack Kerouac


Sur la route
de
Jack Kerouac
Beat Generation (suite)

Sur la route, (On the road, 1957) roman largement autobiographique de Jack Kerouac. (1922-1969) Ou l'auteur raconte ses aventures avec son compagnon de route, Neal Cassady,* sous les pseudonymes de: Sal Paradise et Dean Moriarty. Sur la route, est le roman fondateur de la Beat Generation.** Kerouac sort son ouvrage après la publication du long poème en prose, Howl, de son ami Gisnberg, *** poème qui suscita l'enthousiasme mais aussi le scandale, au point que l'éditeur fut accusé de propager une littérature obscène. Kérouac compose son livre en ayant recours à la pratique de la prose spontanée. cette pratique se retrouve dans ses lettres, qui étaient avec son journal et ses notes semblable à des premiers jets d'écriture. Par la suite le travail de l'écrivain se concrétisera sous forme de romans ou de textes.
Suit un extrait d'une lettre qu'il écrivit à Neal Cassady, en septembre 1960, qui donne un bon aperçu de son travail préparatoire.

* Neal Cassady: 1926-1968, figure incontournable de la Beat Generation.
** Beat Generation: Rébellion sociale et littéraire en Amérique dans les années 1950, représentée par Bourroughs, Ginsberg, Neal Cassady, Lucian Carr et Jack Kerouac.
*** Voir article sur Burroughs du 16 juillet.

A NEAL CASSADY

Cher Neal-
Bon, chéri, un petit exercice de frappe au moment ou je m'apprête à écrire un nouveau livre dieu sait pourquoi mais il n'y à rien d'autre à faire pour moi et certainement l'histoire du monde vue à travers mes yeux est une assez bonne histoire pour faire plaisir à assez de lecteur dans assez de fauteuils en cuir brun par- dessus les canaux du temps depuis ici jusqu'à je ne sais combien de toot toot poop oopoopoopoop-rag rag et ce que je veux te dire, bon voyons c'est parti pour un tour ( tu vois juste un petit exercice de frappe) mais avec un message à savoir ceci: j'ai quitté frisco sans te voir parce que j'étais chez ferlinghetti les deux derniers jours et il m'a emmené à l'aéroport le matin, enfin à la librairie d'abord, où j'ai acheté une caisse de livres, puis à l'aéroport et j'ai su que tu traversais los gatos à ce moment là- bon ça ne servait à rien de dépenser de l'argent ou du temps à t'appeler- tout ce que je veux dire c'est que Tout va bien, tout est o.k, je n'ai jamais été aussi content de ma vie ma minable contribution à ton ménage s'est révélée si efficace qu'en est-il de ta nouvelle -voiture, du nouveau boulot, mec quand tu as ouvert cette porte à big sur et que tu étais là avec tes divers blondes et blonds c'était étonnant j'ai eu l'impression que, bon il faisait sombre dans la cabane et moi et mc clure nous parlions et tu es arrivé en douce et soudain la porte était grande ouverte et toute cette lumière est entrée et vous étiez là tous les 5 comme des archanges mais toi surtout nom de dieu admets-le tu ressemblais à un archange avec les bras en croix comme tu l'as fait- Gallimard Lettres Choisies 1957-1969 ed établie par Ann Charters.

Haut de page:Kerouac d'après une photo, encre sur papier juillet 2010.

dimanche 18 juillet 2010

Fernando Pessoa


Fernando Pessoa, écrivain et poète portugais. 1888-1935
Extrait de son poème, Antinoüs

Le garçon gisait mort, et le jour paraissait une nuit
Dehors. La pluie tombait, lancinante épouvante
De la nature en train de perpétrer ce meurtre.
Le souvenir de ce qu'il était ne procurait nul plaisir,
Le plaisir tiré de ce qu'il était n'était que brouillard et que mort.

Ô mains qui étreignaient d'Hadrien les ardentes mains,
Mains glacées à présent de les trouver glacées!
Ô chevelure enserrée de bandeaux naguère!
Ô la fente des yeux ouverts comme en défi!
Ô femelle corps mâle en telle nudité
Qu'il est un dieu prenant forme d'humanité!
Ô lèvres dont la rougeur à s'entrouvrir pouvait jadis toucher
Tous les lieux du désir selon la variété d'un art plus que vivant!
Ô doigts experts en choses qu'il faut taire!
Ô langue qui, à langue unie, mettait le feu au sang!

Lisbonne 1915





Beau roi de France


FRANÇOIS II 1559-1560
Famille des Bourbons. Lorsque François II, à peine âgé de seize ans, succéda à son frère, les Guises montrèrent ouvertement l'intention de régner seuls, au nom de ce roi aussi languissant de corps que d'esprit. Alliés à Catherine de Médicis, mère de François II, ils l'emportèrent, en effet, sur le rival naturel, la famille des Bourbons, qui avait pour tige *Robert de Clermont, fils de Saint Louis, et était alors représentée par Antoine de Vendôme, mari de Jeanne d'Albret qui lui avait apporté la Navarre en dot, et par les frères de celui-ci: Louis Ier de Condé et le cardinal de Bourbon.
Extrait de: L'almanach illustré de l'histoire de France, Paris. -Delarue, Libraire-Éditeur-1858-
*Tige: Terme de généalogie, chef de qui sont sorties les branches d'une famille.

samedi 17 juillet 2010

vendredi 16 juillet 2010

WILLIAM S. BURROUGHS



William S Burroughs,* né le 5 février 1914, mort le 2 Août 1997. Écrivain américain, célèbre, pour son roman (entre autres): " Le festin nu", (Naked Lunch), écrit entre 1954 et 1957, rédigé en grande partie sous l'influence de drogues hallucinogènes, il sera publié pour la première fois en 1959 à Paris. "Le festin nu", ne mettra pas moins de dix ans avant d'être diffusé aux États-Unis à cause des lois sur l'obscénité. La composition de son livre peut s'apparenter aux procédés d'écriture des Surréalistes. Représentations d'univers angoissants et obsessionnels où se mêlent drogue, homosexualité, délire hallucinatoire et paranoïaque.
Voici deux extraits de lettres qu'il écrivit à Allen Ginsberg** en 1956, période où "Le festin nu" était en cours d'élaboration.
"8 mai 1956
Cher Allen,
[...] Je me sens toujours très mal. Dors environ 1 ou 2 heures à l'aube. Je peux marcher six kilomètres et revenir fourbu de fatigue mais ne pas arriver à dormir. L'idée même d'avoir une relation sexuelle me fait horreur... La nuit passée suis allé à une épouvantable soirée de pédales où j'ai été peloté par un membre du parlement de 50 ans qui m'a fait des propositions. Je lui ai dit: " En ce moment, je ne pourrait pas coucher avec Ganymède, alors avec vous encore moins."[...]
15 mai 1956
[...] Le médecin m'a donné trois tubes d'apomorphines que je dois avoir sur moi tout le temps. La dépendance à l'apomorphine est impossible. Ce n'est pas une substance que l'on prend pour planer.
Au début du sevrage, cauchemars très réalistes quand je pouvais dormir. Exemple: Afrique du Nord dans dix (?) ans. Un vaste tas d'ordures. Ciel bleu et soleil chaud. Odeur de faim et de mort. Fumée de puits de pétrole. Dave Lamont marchant à côté de moi, un jerrican d'essence à la main. Il a en fait 26 ans. Dans le rêve, il semble sans âge, et je sais que j'ai la même allure. Nous rencontrons cinq Arabes. Je vois les yeux des Arabes devant moi et je dis à Dave: " Jette le pétrole sur eux et mets-y le feu! C'est notre seule chance." Deux Arabes à terre, en train de brûler. D'autres Arabes arrivent. Nous nous en sortirons pas. Ma jambe est recouverte d'essence. Ma jambe fait partie intégrante du tas d'ordures. Quand j'essaie de la déplacer, des bouteilles brisées, des boites de conserves et des fils de fer rouillés s'enfoncent dans ma chair. Quelqu'un hurle dans mon oreille." [...]

*William Burroughs Lettres, Christian Bourgois Éditeur.

**Allen Ginsberg, né le 3 juin 1926, décédé le 5 avril 1997 à New York est un poète américain et membre fondateur de la Beat Génération.

Beat Génération: Rébellion sociale et littéraire en Amérique dans les années 1950, représenté par Burroughs, Ginsberg et Jack Kerouac.***

*** Jack Kerouac 1922-1969, écrivain et poète américain

Haut de page, deux dessins, encre sur papier 2009.





jeudi 15 juillet 2010

MARIAGE.

Lettre de Léon Bloy à Huymans.

"Rue Blomet,127. -17 mai 1890.

Mon cher Huysmans,
Vous avez tenu dans ma vie une place trop grande pour que je laisse à d'autres le soin de vous informer de mon prochain mariage.
Je me marie donc, follement selon quelques sages, uniquement parce que j'ai cru devoir le faire et j'épouse, étant presque indigent, une femme très pauvre.
Il en arrivera ce que pourra. Je suis de ceux qui qui vivent à la belle étoile de la Providence et dont l'hygiène morale consiste à nier les gouffres. Je suis tel que vous m'avez connu, un incurable de l'espérance.
J'accomplis un acte qui doit, selon les vues ordinaires, me casser définitivement les reins et par suite remplir de consolation les âmes très pures que j'ai souvent embêtées.
Ce mariage se fera le 27, mardi, vers midi, dans l'église de Vaugirard, le plus simplement du monde. Il n'y aura que les témoins et un ou deux invités.
Je serai très heureux de vous présenter à ma femme, s'il vous plaît d'assister à la cérémonie religieuse et de déjeuner ensuite avec nous.
Votre
Léon Bloy."

Léon Bloy,1846-1917.
Huysmans, 1848-1907.



Cadeau: MOULOUDJI

mercredi 14 juillet 2010

mardi 13 juillet 2010

MORT A VENISE


Voici un extrait de la nouvelle de Thomas Mann*:" Mort à Venise".Le personnage principal Gustav von Aschenbach, un écrivain munichois en séjour dans cette ville découvre dans son hôtel un adolescent polonais. Fasciné par la beauté du jeune Tadzio, il le suit à travers les ruelles de la ville, et n'osera jamais l'aborder. Le narrateur expose ici admirablement le thème de l'amour interdit et de la passion qui ne peut s'assouvir.
" Il n'est rien de plus singulier , de plus embarrassant que la situation réciproque de deux personnes qui se connaissent seulement de vue, qui à toute heure du jour se rencontrent, s'observent, et qui sont contraintes néanmoins par l'empire des usages ou de leur propre humeur à affecter l'indifférence et à se croiser comme des étrangers, sans un salut, sans un mot. Entre elles règnent une inquiétude et une curiosité surexcitées, un état hystérique provenant de ce que leur besoin de se connaître et d'entrer en communication reste inassouvi, étouffé par un obstacle contre nature, et aussi, et surtout, une sorte de respect interrogateur. Car l'homme aime et respecte son semblable tant qu'il n'est pas en état de le juger, et le désir est le résultat d'une connaissance imparfaite."

*Thomas Mann, écrivain allemand. 1875-1955

lundi 12 juillet 2010

Composition

video

J-L LAGARCE, Journal.




Jean-Luc Lagarce (né le 14 février 1957 - mort du sida le 30 septembre 1995 ). Écrivain, homme de théâtre, directeur de troupe, comédien et metteur en scène. D'abord, ce fut l'écrivain que j'ai rencontré. Son journal intime découvert par hasard dans une petite librairie de province. Le titre de couverture seul attira mon attention : " Journal", son auteur m'était inconnu. J'ai feuilleté l'ouvrage, et aussitôt je suis reparti avec. Ensuite à la terrasse d'un café j'ai repris son livre et lu ces quelques phrases : "Avril 1978, longue promenade une nuit dans les rues avec un jeune homme très beau. Il habite chez ses parents et nous nous promenons juste cela. " Un peu plus loin: "Et un petit jeune homme, dans mon lit, qui entre et qui sort..."
(...) " Je n'ai jamais rêvé d'être une fille ( pas que je me souvienne du moins), mais je suis resté sur cette pénible impression toute la journée
(envie de pleurer presque) : on ne m'a pas fait beaucoup de cadeaux sur ce sujet - là, pendant pas mal d'années."
" Août 1979
Jeu compliqué avec Franck.
De l'autre côté du miroir de Lewis Carroll.
Correspondance avec Dominique au service militaire.
Grand article sur Paris-Match sur la vague homo: " Ils atteignent la France..."
" Janvier 1981, le 13.
...Je ne cesse de me complaire depuis une semaine ou deux dans l'idée ô combien satisfaisante que je vais mourir lentement d'une maladie terrible... Cela satisfait mon égocentrisme et ma vanité. Si c'était vrai, mourir d'une longue maladie, à chaque moment, chaque instant, est-ce que cela ne suffirait pas à remplir ma vie, à me rendre intéressant à mes propre yeux..."
Et puis encore:
" Samedi 7 mars 1987
Difficultés d'argent angoissantes.
Difficultés de distribution ( on n'en sort pas).
Difficultés affectives - sensuelles, etc. Absence de passion amoureuse.
Et pourtant:
Dynamisme, vraiment, vraiment et cela mérite d'être signalé.
Après-midi d'hier: travail paisible sur
Derniers remords avant l'oubli.*
Reprendre les choses, ne pas avoir peur, couper mille et mille choses, être clair et cesser de se prendre pour Byron.
Et encore (hier après-midi donc) oublier des tas de problèmes (argent...) et laisser reposer. Dommage qu'elle soit une putain de Ford** ( ne pas être fébrile). Travailler, vraiment."
Enfin le: " Vendredi 30 Aout 1991.

Après Copenhague- et la dernière journée fut une très bonne journée: je me suis promené beaucoup et le soir, j'ai claqué mes petites économies dans les machines à sous, avant de (enfin) rencontrer un jeune monsieur dans l'arrière-boutique d'un bar ,bien mignon (le jeune
homme) et gentil- après Copenhague, traversée à nouveau du Danemark- beau paysage et j'aime ce moment sur le bateau - , Hambourg, une nuit encore bien déchaînée..."

J-L Lagarce aurait aimé je crois être romancier. Comme Mathieu Galey il fait partie de ces écrivain qui ont regretté de ne pas avoir écrit une œuvre romanesque, de ne pas être reconnu ou édité. ( Le voyage à la Haye 1994, est l'unique roman de Lagarce). Et leurs journaux intimes font parties à présent des bijoux de la littérature. Autant, le véritable roman de Lagarce c'est le journal qu'il à écrit. J'ai eu pour compagnon son journal des semaines durant. Je me souviens encore de mon impatience à reprendre sa lecture tous les jours, avec ce sentiment toujours aussi délectable de rencontrer quotidiennement un ami. Échanger une conversation amicale avec lui , mon impatience aurait été comparable. Autant ma tristesse fut grande quand j'eus achevé la lecture du dernier volume, comment remplacer un proche qui vous quitte? Aussi, j'ai pensé qu'il s'agissait là d'une œuvre accomplie.

* Derniers remords avant l'oubli, 1987, pièce de théâtre.
** Lagarce fait référence à l'auteur dramatique anglais John Ford (1586 - envi. 1639), le titre de la pièce en anglais est: " `Tis pity she's a whore"

J-L Lagarce Journal, les solitaires intempestifs tome I - 1977 - 1990, tome II - 1990 - 1995.


dimanche 11 juillet 2010

jeudi 8 juillet 2010

jeudi 1 juillet 2010

Gros plan.



Correspondance.

Une lettre de Jules Renard à Jules Huret.°


44, Rue du Rocher, 2 février 1895.

Mon cher Homonyme Huret,
est-ce vous qui ce matin, dans le Figaro supplément, traitez Poil de Carotte de Chef d' Oeuvre?
Je ne vous en veux pas.
Et même je vous félicite de votre petite chronique des lettres. Voilà une trouvaille. Ah! Vous le connaissez, le faible des hommes de lettres!
Votre auteur préféré
Jules Renard


°Jules Huret ( 1864-1915), journaliste. Célèbre par l' "Enquête sur l'évolution littéraire" qu'il réalisa dans l'écho de Paris en 1891.

Jules Renard, Lettres retrouvées 1884-1910. Le cherche midi éditeur.